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Le Sénégal à la Can-2012 : Les dix étapes de la qualification des « Lions »


Vendredi 9 Septembre 2011

Le Sénégal s’est qualifié à la Can-2012, samedi dernier, au bout d’un parcours jalonné d’histoires.Retour sur la longue marche des ‘Lions’ vers leur onzième phase finale, en dix dates et cinq lieux.


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Les ‘Lions’ sont ressuscités.Ils vont retrouver la Can l’année prochaine, après avoir manqué Angola-2010.Ils ont redressé la barre et la tête. Dans la foulée, ils ont ramassé leur honneur chiffonné par le ratage d’il y a deux ans, qui a emporté une génération de dirigeants et de joueurs qui se rêvaient éternels au sommet de l’Olympe. Le retour sur la scène africaine a débuté le 5 septembre 2010 à Lubumbashi, première journée des éliminatoires de la Can-2012. Le Sénégal réussit son entrée dans la compétition en s’imposant par 4-2 devant la Rd Congo. Avec cette victoire, Mamadou Niang et sa troupe s’emparent de la tête du groupe E qu’ils ne quitteront pas jusqu’au jour de la qualification, un an plus tard, au terme d’une nouvelle victoire (2-0) à Dakar face au même adversaire. A une journée de la fin des qualificatifs. Il faudra toutefois situer à plus loin que Lubumbashi et la date du 5 septembre, le point de départ du pénible passage des ‘Lions’ de l’ombre à la lumière. Le curseur, il faudra le fixer au 1er avril 2009, à Téhéran, capitale de l’Iran. Là où le Sénégal, six mois après l’élimination de la course pour la Can et Mondial 2010, suite au nul (1-1) désastreux à Dakar contre la Gambie, livra son premier match contre l’Iran (1-1). La machine venait de redémarrer. Timidement. Lentement. Sûrement. Suivront plusieurs autres dates, lieux et adversaires, avant la grande délivrance, le retour en phase finale de Coupe d’Afrique, samedi dernier à Dakar. Flash-back.
1. Téhéran, le 1er avril 2009 : début de la réanimation
Au pied des monts Alborz, à Téhéran, Amsatou Fall, Dtn volontaire, est à la tête d’une équipe du Sénégal sans queue ni tête, mais pourvue d’une inébranlable envie de renaître de ses cendres. L’Iran lui tend la perche, pour un match amical qui se soldera par un nul (1-1) rassurant pour les visiteurs. Six mois plus tôt, le même résultat, contre la Gambie à Dakar, en éliminatoires de la Can et du Mondial 2010, s’était révélé un cauchemar pour les ‘Lions’. Qui seront éliminés de la course pour l’Angola et la première Coupe du monde en terre africaine, en Afrique du Sud. Cette fois, le nul ramené de Téhéran est symbole d’espoir, au seuil du vaste chantier de la reconstruction du football sénégalais. Cette ambition portée par le Comité de normalisation du football (Cnf) et reprise plus tard par une Fédération sénégalaise de football (Fsf) dirigée par Me Augustin Senghor, élu le 30 août 2009.
2. Dakar, 15 décembre 2009 : Amara Traoré au pouvoir
Au terme d’un casting fou, où des stars planétaires du coaching (Trapattoni, par exemple) croisaient des prétendants aux noms beaucoup moins ronflants (Mac Ndiaye, notamment), avec en toile de fond un affrontement insensé entre partisans de techniciens étrangers et supporters de l’expertise locale, Amara Traoré sortira gagnant. L’ancien entraîneur de la Linguère de Saint-Louis est nommé pour deux ans, le 15 décembre 2009, avec l’objectif de qualifier les ‘Lions’ à la Can-2012. Par rapport à ses concurrents pour le poste, Amara pouvait compter, en plus de ses compétences, sur un avantage comparatif certain : il connaît la maison pour y avoir été joueur et à deux reprises coach adjoint (avec Guy Stephan et Laye Sarr). L’objectif a été atteint, reste maintenant à faire cap vers la Can-2012. Mais auparavant, il faudra renouveler le contrat du sélectionneur qui expire au mois de décembre prochain.
3. Volos, le 3 mars 2010 : début de l’aventure
Au terme d’une période d’intérim qui a duré pas moins de huit mois, avec cinq matches disputés, Amsatou Fall passe la main à Amara Traoré, le sélectionneur national nouvellement nommé. Lequel, trois mois après son avènement sur le banc des ‘Lions’, dirige son premier match en Asie. Le Sénégal ‘new look’ prend le dessus (2-0) sur la Grèce, qui était en route pour le Mondial-2010. Le résultat de ce match amical et la manière employée, devant un mondialiste, constituaient une maigre consolation pour les vainqueurs, éliminés pour Afrique du sud-2010. Mais ce succès faisait jaillir au-dessus de la tête de la sélection les effluves d’un futur en rose.
4. Dakar, le 11 août 2010 : Retour à Senghor
L’histoire entre le public de Léopold Senghor et les ‘Lions’ s’était mal terminée au mois d’octobre 2008, lorsque le Sénégal, à la suite d’un nul (1-1) contre la Gambie, se faisait sortir de la course pour la Can et le Mondial 2010. Une nouvelle page devait s’ouvrir le 11 août 2010 avec la réception en amical du Cap-Vert. Pour l’équipe d’Amara Traoré, cette rencontre préparait le face-à-face avec la Rd Congo, le 5 septembre suivant à Lubumbashi, mais elle était surtout une occasion de se réconcilier avec un public qui a mal digéré le dernier rancard avec les ‘Lions’ à Senghor. Il fallait éviter un deuxième fiasco. L’enjeu a déteint sur le jeu de l’équipe du Sénégal, engagée et volontaire, mais happée par la peur de mal faire. La délivrance interviendra au début de la deuxième mi-temps grâce à une tête de Mame Biram Diouf. La victoire (1-0), devant des gradins clairsemés, est courte, mais annonçait des lendemains plus animés et gais à Léopold Senghor.
5. Lubumbashi, le 5 septembre 2010 : l’efficacité au mental
Après près de deux ans d’introspection, de tests, de pas en avant, de coup de frein et de pas en arrière, les ‘Lions’ atteignent la première étape d’une marche vers la qualification à la Can-2012 qui en comporte six. La Rd Congo n’était pas un foudre de guerre, calibre Ghana, Cameroun ou Egypte (du temps de la splendeur des ‘Pharaons’), mais il fallait s’en méfier. Pour cause. L’ossature de la troupe de ‘Léopards’ est constituée d’éléments du Tp-Mazembé, ogre africain, et même international, qu’on ne présente plus. Le match se déroule dans le fief de Mazembé, à Lubumbashi. L’environnement était hostile pour une sélection du Sénégal embryonnaire. Un nul aurait été un bon résultat d’entrée. Mais les ‘Lions’ feront mieux. Ils prirent trois points (4-2) qui leur permettront de signer un bail définitif avec la tête du groupe E. Une victoire acquise au mental et grâce à une grande efficacité, notamment de Mamadou Niang, auteur d’un triplé, après l’ouverture du score signée Moussa Sow.
6. Dakar, le 9 octobre 2010 : la balade
Ragaillardis par la victoire, un mois plus tôt, contre la Rd Congo, les ‘Lions’ débarquent à Léopold Senghor torse bombée, l’envie de marquer un grand coup en bandoulière. L’Ile Maurice est au menu de la 2e journée. Le public, rassuré par ce qu’il a entrevu deux mois auparavant, lors de la courte (1-0) victoire contre le Cap-Vert en amical, fait foule au stade Léopold Senghor. Le décor était planté pour une démonstration monstre devant un adversaire gringalet. 7-0, score final. On avait jamais vu une équipe du Sénégal aussi prolifique. Les temps commencent à changer.
7. Dakar, le 26 mars 2011 : l’entrée dans la cour des grands
Si ce n’était pas une sinécure d’affronter la Rd Congo et l’Ile Maurice, ça s’annonçait plus compliqué d’aller à l’assaut du Cameroun. A ce propos, d’aucuns prétendaient que le véritable test pour les ‘Lions’, c’est leur confrontation contre les ‘Lions indomptables’, le 26 mars à Dakar. Empêtrés dans les troubles post-Mondial sud-africain, Samuel Eto’o et Cie restaient malgré tout redoutés. Reléguée à la deuxième place (4 pts) du classement, la sélection camerounaise, à défaut de battre le leader sénégalais (6 pts) chez lui, devait au moins prendre un point à Dakar, histoire de garder le cap et ne pas se laisser distancer par la Rd Congo (1 pt), qui allait probablement bouffer l’Ile Maurice. Les craintes nourries côté sénégalais à l’annonce du duel de ‘Lions’, lors du tirage au sort des éliminatoires, s’avéreront justifiées. Le Cameroun affiche une parfaite maîtrise de son sujet. Le Sénégal, timide, surtout en première mi-temps, court derrière son adversaire. Et malgré un léger mieux dans leur jeu en deuxième mi-temps, les ‘Lions’ semblaient prêts, le public de Senghor aussi, à signer des deux mains pour un partage des points. Surgirent Demba Bâ et son but dans les arrêts de jeu (92e) ! Le Cameroun tombe face au Sénégal, 0-1. La plupart des ‘Lions’ n’oublieront jamais. Au sommet du hit-parade des évènements qui les ont le plus marqués dans ces éliminatoires (voir par ailleurs. Le ‘sondage’ avant le match retour contre la Rd Congo), la plupart des éléments de la ‘Tanière’ place le succès de la troisième et dernière journée de la phase aller des éliminatoires. Avec 9 points au compteur, à 5 points de la Rd Congo, deuxième, la qualification était presque dans la poche pour le Sénégal.
8. Yaoundé, le 4 juin 2011 : la baraka
Duel de ‘Lions’, rebelote. Revanche, rachat pour le Cameroun, qui reçoit ? Confirmation, qualification pour le Sénégal, qui effectue son deuxième déplacement dans les éliminatoires ? De toute façon, pour les visiteurs, vainqueurs du premier duel un peu plus de deux mois auparavant, les choses s’annoncent compliquées. Les Camerounais, troisièmes (4 pts), sont au pied du mur, obligés de se réhabiliter devant leur public en se replaçant dans la course. Le stade Ahmadou Ahidjo de Yaoundé, acquis à la cause des ‘Indomptables’, gronde. Les oreilles des ‘Lions’ sifflent, la tension est vive. L’équipe du Cameroun est irrésistible, l’environnement hostile. Une vraie fournaise pour le Sénégal, reclus en défense, la peur au ventre. Avec un arbitre tristement célèbre pour ses largesses au profit du Cameroun, dont un penalty manqué par Eto’o et quatre exclusions à l’arrivée côté sénégalais (Lamine Sané, Issiar Dia, Mamadou Niang et Amara Traoré), l’option était peut-être sage. A l’arrivée, les ‘Lions’ prennent un précieux point inespéré. Qui leur ouvre grand les portes de la Can-2012. Pour se qualifier, Amara Traoré et ses hommes ont désormais besoin d’un petit point sur six possibles. Evènement dans l’événement, c’est au cours de ce match que Bouna Coundoul, héros du jour, a réalisé, aux dépens de Khadim Ndiaye, un ‘coup d’Etat’ dans les buts du Sénégal.
9. Dakar, le 10 août 2011 : la jolie et instructive claque
Avec dix points au compteur, à trois longueurs des ‘Léopards’ de la Rdc, deuxièmes, le Sénégal affichait une belle gueule en recevant le Maroc en amical le 10 août 2011. Malgré la réputation des ‘Lions de l’Atlas’ qui, quelques semaines plus tôt, avaient administré une correction à l’Algérie, les ‘Lions’ auraient difficilement admis pouvoir sombrer à Léopold Senghor, pour la première fois depuis 10 ans. Méconnaissable, l’équipe du Sénégal, baladée, chahutée, dirigée par le bout du nez, s’incline (0-2) devant le Maroc, devant son public abasourdi. La chaleur qui régnait sur Dakar et les jambes lourdes des ‘Lions’ dont la plupart venaient de sortir de la préparation d’avant-saison, sont pointés du doigt comme les causes du naufrage. Les plus sévères parmi les suiveurs des ‘Lions’ soulignent pour leur part un système de jeu (4-4-2) inadapté au profil des joueurs d’Amara Traoré et surtout un manque d’envie. Toutefois, les enseignements sont nombreux et ils seront utiles en vue de la réception de la Rd Congo, mois d’un mois devant. C’est ça l’intérêt des matches amicaux. Ils doivent être plus source de progrès que de croissance.
10. Dakar, le 3 septembre 2011 : la délivrance !
Instruits par la défaite contre le Maroc, un peu plus d’un mois avant, poussés par 60 000 voix et forts d’un avantage psychologique certain sur un adversaire battu (2-4) à l’aller, les ‘Lions’ avaient tout pour valider à domicile leur billet pour la Can-2012. A la quête d’un point face à la Rd Congo, pour le compte de la 5e et avant-dernière journée, le Sénégal en prendra trois grâce à Moussa Sow, auteur d’un doublé. L’homme qui avait marqué le premier but des ‘Lions’ dans les éliminatoires, douze mois plus tôt, face au même adversaire. Si les ‘Lions’ n’ont pas été irrésistibles comme ils l’ont été face à l’Ile Maurice, ils ont affiché meilleure mine que contre le Maroc. Plus engagés, plus présents dans la récupération, assez efficaces devant les buts et solides en défense, les ‘Lions’ auraient réalisé un match parfait si l’animation de leur jeu n’était pas déficiente. Le réaménagement tactique intervenu initié (passage du traditionnel 4-4-2 à l’expérimental 4-3-3) est vu comme l’explication du léger mieux. Mais il faudra tout de même repasser pour en avoir le cœur net. D’ici là, les ‘Lions’ peuvent savourer leur qualification pour le rendez-vous prévu au Gabon et en Guinée-équatoriale (28 janvier-12 février), à une journée de la fin des éliminatoires et avant le déplacement à Maurice au mois d’octobre prochain. Un match qui devrait être le premier jalon de la préparation de la Can-2012, la onzième phase finale du Sénégal, celle de retour sur la scène africaine après une édition manquée.
El Hadji Ibrahima FALL

walf

La Rédaction