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La Can ne va plus se tenir au Maroc: Le Royaume Chérifien renonce officiellement à l’organisation


Vendredi 17 Octobre 2014

En raison de l’épidémie d’Ebola, le royaume chérifien préfère renoncer à l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations (CAN). Trop risqué.

La question avait été posée. Était-ce par stratégie pour ne pas être seul face à la maladie lors de la compétition ou par réelle volonté de ne prendre aucun risque face à Ebola que le Maroc avait demandé le report ? Finalement, selon une source bien introduite à laquelle a fait écho la Fédération marocaine de football citée par le site Abidjan.net, le Maroc a choisi de ne pas abriter la Coupe d’Afrique des nations prévue jusque-là du 17 janvier au 8 février.

Cela ne signifie pas que la CAN 2015 n’aura pas lieu puisque la Caf avait enregistré la requête marocaine et confirmé qu’aucun changement n’était à l’ordre du jour du calendrier de ses compétitions et événements. Elle avait en revanche précisé que le sujet serait « débattu » lors d’une réunion de son comité exécutif le 2 novembre à Alger, avant une rencontre « avec la partie marocaine » le lendemain. Celle-ci n’a pas attendu et a décidé de prendre ses responsabilités.

Des preuves de fermeté avaient déjà été affichées
À trois mois du coup d’envoi prévu à Marrakech, la décision du royaume avait constitué une surprise, mais elle avait des fondements clairs puisqu’elle faisait suite à « une recommandation du ministère marocain de la Santé d’éviter tous les rassemblements publics auxquels prennent part des pays touchés », selon les indications mêmes données la semaine dernière par le ministère de la Jeunesse et des Sports. Du coup, revient à l’esprit cette déclaration faite samedi matin sur Atlantic radio par Hamid Faridi, un conseiller du ministre des Sports. Après s’être montré optimiste sur l’issue de la requête marocaine, il avait indiqué que « rien ne peut être placé au-dessus de l’intérêt des citoyens marocains et africains. [...] Nous ne pouvons en aucun cas nous acheminer vers une prise de risque, le principe de précaution doit primer ». Avec le recul, cette déclaration prend une tout autre tonalité dans le ciel de la « solidarité africaine » que le royaume chérifien a voulu maintenir coûte que coûte, notamment par le biais de sa compagnie aérienne, la RAM, qui a maintenu tous ses vols à destination des pays touchés par Ebola. Dans un communiqué distinct, le ministère marocain de la Santé était en effet lui-même revenu à la charge, notant que sa recommandation reposait « sur l’avis de la commission scientifique nationale ». « Notre décision tire sa légitimité du règlement sanitaire international », avait-il d’ailleurs renchéri.

Une décision influencée par les contaminations hors d’Afrique ?
Il faut dire que la pire épidémie d’Ebola de l’histoire touche essentiellement trois pays d’Afrique de l’Ouest : la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone. Elle a franchi le cap des 4 000 morts, et les premiers cas ont été enregistrés hors du continent, notamment aux États-Unis et en Espagne. De quoi renforcer les craintes.

Cela dit, aucun indice ne laissait toutefois présager cette démarche du Maroc. Le royaume, où aucun cas d’Ebola n’a été recensé à ce jour, a jusque-là mis un point d’honneur à ne pas se laisser atteindre par ces craintes. En septembre, il a certes élevé son niveau de vigilance. Mais, pour le reste, au nom de la solidarité africaine, le Maroc n’avait rien décidé de spécial. Ce même mois, il a accueilli une importante délégation avec treize ministres et une centaine d’hommes d’affaires, tous originaires de Guinée, pour un forum bilatéral. Cette semaine, il a accueilli à Marrakech le 9e forum pour le développement économique de l’Afrique organisé par la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique.

Au niveau de la CAN 2015, le Maroc avait répondu en août aux premières interrogations par la mise en place d’une « commission nationale » chargée de préparer un « plan sanitaire ». Pas plus tard que samedi dernier, Casablanca, la capitale économique, a accueilli un match de qualifications Guinée-Ghana (1-1), délocalisé par la Caf.

Quelle solution de repli ?
Seize nations doivent participer à la CAN 2015, et, maintenant que le Maroc a renoncé, la question peut légitimement être posée pour le Mondial des clubs, pour la seconde fois d’affilée. Le tirage au sort devait avoir lieu ce samedi à Marrakech. Va-t-il avoir lieu ?

En tout cas, la perspective d’un report de la CAN 2015 constitue un gros casse-tête pour la Caf, qui aurait contacté le Ghana et l’Afrique du Sud. Hôte du Mondial 2010, l’Afrique du Sud est a priori le seul pays capable de relever un tel défi, ayant déjà suppléé la Libye pour l’organisation de la CAN 2013. Dany Jordaan, le président de la Fédération sud-africaine (Safa), a indiqué à l’AFP qu’il avait reçu un appel du président de la Caf, Issa Hayatou. « Je vais le rencontrer la semaine prochaine en Namibie, où il assistera au Championnat d’Afrique féminin », a-t-il précisé. Rien n’est cependant joué, car le Ghana a aussi toutes ses chances.

SENEGO



Abdoul Aziz Diop