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"La Russie est un pays plus petit, un pays plus faible"


Samedi 17 Décembre 2016

Barack Obama a promis vendredi d'envoyer un "message clair" à la Russie après les cyberattaques qui ont perturbé l'élection américaine et appelé son successeur républicain Donald Trump à placer l'intérêt du pays avant les querelles partisanes.


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Désignant le chef du Kremlin comme responsable des piratages de ces derniers mois - "pas grand chose ne se passe en Russie sans l'aval de Vladimir Poutine" - le président américain est resté cependant évasif sur la nature de sa riposte à venir après les conclusions "unanimes" du renseignement américain visant Moscou.

Avant de quitter Washington pour ses dernières vacances présidentielles à Hawaï, le locataire de la Maison Blanche, calme et posé, a mis en garde M. Trump, favorable à un rapprochement avec le président russe, l'exhortant à accepter une enquête "bipartite, indépendante" sur ces piratages.

La Russie "est un pays plus petit, un pays plus faible" a lancé M. Obama dans une formule qui devrait à coup sûr faire bondir son homologue russe. "Mais ils peuvent nous affecter si nous oublions qui nous sommes". "M. Poutine peut nous affaiblir, comme il tente d'affaiblir l'Europe, si nous commençons à admettre l'idée qu'il est acceptable d'intimider la presse, ou d'enfermer les dissidents", a affirmé le président américain.

M. Obama a aussi révélé avoir demandé directement en septembre, en marge d'un sommet du G20 en Chine, à M. Poutine de "cesser" les cyberattaques, au risque de "conséquences sérieuses s'il ne le faisait pas". Le recours à d'éventuelles sanctions contre des cadres du régime russe fait partie des options possibles pour l'exécutif américain. Il placerait Donald Trump dans une position difficile une fois au pouvoir: les supprimer d'un trait de plume nourrirait les accusations d'une trop grande proximité avec Moscou, une posture qui crée des remous au sein du parti républicain.

'Reagan se retourne dans sa tombe'
Citant un sondage selon lequel un tiers des républicains américains, traditionnellement hostiles à la Russie, approuvaient la politique de Vladimir Poutine, qui fut, a rappelé M. Obama, patron du renseignement russe, il a lancé: "Ronald Reagan doit se retourner dans sa tombe ! Comment a-t-on pu en arriver là ?".

Affirmant entretenir des relations "cordiales" avec son successeur, il a encouragé ce dernier à faire preuve, en politique étrangère, de cohérence dans la durée sur des dossiers aussi sensibles que les relations entre Taïwan et la Chine. Revenant longuement sur la campagne électorale, il a refusé de se prononcer sur l'éventuel impact des piratages dont le parti démocrate a été victime sur la victoire finale de Donald Trump face à Hillary Clinton.

La candidate démocrate juge, elle, que Moscou et Vladimir Poutine sont partiellement responsables de sa défaite surprise face au magnat de l'immobilier. Les cyberattaques dont son parti a été la cible résultent de la "dent" qu'avait gardée contre elle le président russe, a-t-elle déclaré lors d'un dîner ayant rassemblé jeudi des donateurs de sa campagne.

Moscou a vivement réagi aux accusations américaines. "Il faut soit cesser d'en parler, soit apporter enfin des preuves. Sinon, tout ça est plus qu'indécent", a lancé vendredi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov en marge du déplacement de Vladimir Poutine à Tokyo.

Donald Trump rejette non seulement les conclusions des services de renseignement rendues publiques le 7 octobre mais également une évaluation secrète de la CIA selon laquelle Moscou a effectué ces piratages dans le but précis de faire gagner M. Trump.

Isolé, y compris au sein de son parti, dans son insistance à épargner Vladimir Poutine, un homme dont il a souvent loué les qualités de leader, il insinue que l'administration Obama a des intentions partisanes en accusant la Russie d'être à l'origine des piratages informatiques.

'Assaut sauvage' d'Alep
Longuement interrogé sur sa responsabilité dans le drame d'Alep, en Syrie, Barack Obama, très critiqué pour ses atermoiements sur ce dossier, a dénoncé "l'assaut sauvage mené par le régime syrien (de Bachar al-Assad) et ses alliés russes et iraniens". Le président "Assad ne peut pas gagner sa légitimité à coup de massacres", a-t-il lancé.

Mais il a aussi, une nouvelle fois, défendu ses choix face à ce conflit qui a fait plus de 310.000 personnes et jeté sur les routes plus de la moitié de la population. "Je ne peux pas affirmer qu'on a réussi (en Syrie) et c'est une chose qui est également vraie avec d'autres problèmes dans le monde, avec laquelle je dois aller me coucher chaque soir", a-t-il affirmé. "Mais je continue à croire que c'était la bonne approche".


Le président a conclu ce qui pourrait bien être sa dernière conférence par un "Mele Kalikimaka" (Joyeux noël, en hawaien). Il devait s'envoler en fin de journée avec sa femme Michelle, et ses deux filles, Sasha et Malia, pour Honolulu.

ABDOUL KADER Ba