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France: François Hollande, les raisons d’un renoncement


Vendredi 2 Décembre 2016

Le président de la République François Hollande a annoncé jeudi 1er décembre qu’il n’était « pas candidat à l’élection présidentielle » de 2017. Il s’est dit « conscient des risques » qu’une nouvelle candidature aurait fait courir à la gauche.


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Le président de la République a pris tout le monde de court, y compris ses conseillers. C’est par une déclaration solennelle depuis le palais de l'Élysée, jeudi 1er décembre, à 20 heures, que François Hollande a annoncé qu’il ne briguerait pas un deuxième mandat.

 

« L’exercice du pouvoir, les lieux du pouvoir, le rythme du pouvoir ne m’ont jamais fait perdre ma lucidité, a-t-il déclaré. Je dois agir et, aujourd’hui, je suis conscient des risques que je ferai courir avec une démarche – la mienne – qui ne rassemblerait pas largement autour d’elle. Aussi, j’ai décidé de ne pas être candidat à l’élection présidentielle. »

Cette décision est inédite. D’abord par sa forme, une adresse aux Français en direct à la télévision. Ensuite, dans la pratique des institutions de la Ve République. François Hollande est en effet le premier président depuis 1958 à ne pas se représenter – à l’exception de Georges Pompidou, décédé en cours de mandat, et de François Mitterrand en 1995, âgé et très gravement malade.
 

François Mitterrand, en 1988, et Jacques Chirac, en 2002, avaient été candidats et réélus après une période de cohabitation. Valéry Giscard d’Estaing et Nicolas Sarkozy avaient quant à eux échoué à rester pour un mandat supplémentaire à l’Élysée.
Un bilan froidement dressé

Dans son allocution, François Hollande a d’abord dressé froidement son bilan à la présidence. Il a en particulier mis l’accent sur l’amélioration des comptes publics, ceux de la sécurité sociale et ceux de la dette. Il a insisté sur la préservation du « modèle social » et de la « cohésion nationale ».

 

Il a aussi convenu que si « les résultats arrivent » sur le plan économique et sur la baisse du chômage, c’est plus tard qu’il ne l’avait prévu. François Hollande n’a admis « qu’un seul regret » : avoir proposé une modification constitutionnelle sur la déchéance de la nationalité après les attentats de novembre 2015.
Une popularité au plus bas

Le président de la République a pris publiquement acte de sa situation de grande fragilité politique, surtout depuis la sortie du livre Un président ne devrait pas dire ça…, le 13 octobre 2016. Président le plus impopulaire de la Ve République, il tire les leçons d’une sorte d’« empêchement par l’opinion », selon l’expression d’un ministre. Ses derniers jours, son éventuelle candidature était créditée de seulement 7 % des intentions de vote dans un sondage.

 

Les velléités du premier ministre Manuel Valls de se présenter ont sans doute aussi pesé dans la décision du chef de l’État. Les candidatures « personnelles » de son ancien ministre Emmanuel Macron et du fondateur du Parti de gauche Jean-Luc Mélenchon ont par ailleurs grignoté son socle électoral, au centre et sur sa gauche.
Une mise en garde contre le programme de François Fillon

Face à la « dispersion » et à l’« éclatement » de la gauche, François Hollande n’a pas voulu hypothéquer davantage les chances de son camp de réussir à se qualifier au second tour de l’élection présidentielle. Et il a averti le pays que le programme de François Fillon, candidat de la droite ou celui de l’extrême droite pourraient conduire à « des aventures qui seraient coûteuses et même dangereuses pour son unité, pour sa cohésion, et pour ses équilibres sociaux ».

Avec ce renoncement inattendu, François Hollande peut suggérer qu’il admet que sa politique a été un échec. Mais son insistance à servir « l’intérêt supérieur du pays » soigne son personnage historique. « Dans les mois qui viennent, a-t-il conclu, mon seul devoir sera de continuer à diriger le pays, celui que vous m’avez confié en 2012. »

Dans le livre Un président ne devrait pas dire ça…, le chef de l’État souhaitait que, après son mandat, les Français disent qu’il a été « courageux »

LACROIX

 


Abdoul Aziz Diop