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Opinion

Entretien Exclusif avec Dr. Bakary Sambe, enseignant-chercheur à l'Université Gaston Berger (CRAC-CER), coordonnateur de l'Observatoire des radicalismes et conflits religieux en Afrique (ORCRA).


Samedi 10 Mai 2014

Entretien Exclusif avec Dr. Bakary Sambe, enseignant-chercheur à l'Université Gaston Berger (CRAC-CER), coordonnateur de l'Observatoire des radicalismes et conflits religieux en Afrique (ORCRA).
Q. Pensez-vous que ces mouvements islamistes ont une chance de prospérer au Sénégal ? 

R. Ils y prospèrent déjà. La question est surtout de savoir quand réussiront-ils à susciter une plus grande adhésion, de sorte à remettre en question la nature républicaine de l'Etat. Ils ont d'abord tenté l'affrontement direct avec les confréries considérées comme un obstacle à leur projet. Puis, ils s'en sont accommodés avant d'entrer dans une nouvelle phase de récupération de l'imaginaire confrérique qu'il assument désormais comme faisant partie de la mémoire religieuse du pays, dans une stratégie déroulée sans empressement, occupant le terrain du social et surtout de l'éducation. 


Mais les confréries sont-elles vraiment encore un rempart contre l'islamisme radical ? 

Elles le demeurent mais se doivent, sans tarder, d'adapter leur discours et de prendre en charge les besoins spirituels des plus jeunes et des couches de plus en plus instruites à la recherche d'un Islam plus «rationalisé », répondant aux standards du discours islamique lui aussi mondialisé. Sinon, ces catégories vont aller vers l'offre islamiste dite "réformiste" qui sait capter ces préoccupations et les traduire en formules.  Le fort de l'islamisme politique, dans des contextes d'anxiété socio-économique, a toujours été de proposer des solutions simples voire simplistes pour les problèmes les plus complexes, quitte à décevoir une fois au pouvoir, comme c'est le cas aujourd'hui en Tunisie et en Egypte. Mais les confréries devraient éviter que leurs accointances répétitives avec le pouvoir politique perçues comme une forme de complicité ne les décrédibilisent davantage aux yeux de l'opinion et surtout de la jeunesse en pleines interrogations (chômage endémique, absence d'horizon et avenir incertain). Cependant, il ne faudrait pas non plus perdre de vue que des mouvements d'obédience confrérique peuvent basculer dans la violence d'autant plus que certains d'entre eux fonctionnent d'une manière presque militarisée obéissant aux ordres de guides charismatiques à l'idéologie parfois confuse. 


Quelles pourraient être dans l'avenir les évolutions du champ politico-religieux sénégalais ? 

Je crains ce que j'appelle la prochaine "confrontation des élites". A la présidentielle de 2012, le débat de société était vampirisé par la candidature de Wade. En direction de 2017, des acteurs religieux ou issus des franges "arabisantes" vont de plus en plus se positionner comme l'alternative à l'élite politique dite "francophone" qui, de Senghor à Macky Sall en passant par Diouf et Wade, ont monopolisé le pouvoir politique avec une gestion, il est vrai, parfois chaotique. Le slogan est déjà tout trouvé par Oustaz Alioune Sall, depuis les dernières législatives, "Mossleen daaraji" (« essayez ceux qui sortent de l'école coranique »). Des politiciens sous le manteau religieux commencent déjà à s'illustrer dans cette voie. Il faut absolument que les pouvoirs publics revoient leur politique en direction de cette élite parfois frustrée et la rétablir, tout en veillant aux conditions d'une socialisation uniforme et reprendre le contrôle de l'école et de son curriculum quelle que soit la langue d'enseignement si l'on ne veut pas en arriver à une société de confrontation alors que la priorité du Sénégal est le développement et surtout la stabilité.



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