Economie

Politisation du débat sur la gestion des ressources pétrolières et gazières: Comment la malediction du pétrole guette insidieusement le Sénégal


Mardi 23 Aout 2016

La politisation accentuée du débat sur la gestion des ressources pétrolières et gazières du Sénégal inquiète déjà, certains experts du secteur. Ces derniers apportent des éclairages sur une «malédiction» du pétrole qui pourrait s’emparer du secteur des ressources naturelles du Sénégal, si la classe politique ne prend pas de la hauteur. Ce, en posant des actes allant dans le sens de la défense de l’intérêt national et pas personnel.


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Le Sénégal  n’a pas encore extrait son premier baril de pétrole, mais la polémique fait rage. Ça sent le souffre autour des découvertes de pétrole et de gaz au Sénégal. Tout peut sauter à tout moment. La «malédiction» du pétrole guette insidieusement. Surtout avec la politisation du débat aujourd’hui sur la gestion des ressources pétrolières et gazières. Cela donne déjà froid dans le dos à certains experts du secteur. Notamment, avec le jeu de yo-yo engagé entre Abdoul Mbaye, Président de l’Alliance pour la citoyenneté et le travail (Act) et le régime de Macky Sall à qui, il continue d’exiger la publication des décrets et contrats d’exploration et de production de pétrole et de gaz déjà signés ou en voie de l’être. Malgré la lettre du Premier ministre Mahammad Boun Abdallah Dionne, en réponse à ses différentes préoccupations relevées dans sa lettre ouverte au Président Sall, Abdoul Mbaye revient toujours à la charge. Pour montrer qu’il reste toujours sur sa faim, non sans soupçonner une nébuleuse dans le pétrole sénégalais. «Il faut éviter les débats purement politiciens qui risquent d’être fatals au Sénégal. Les autorités doivent faire face, surtout impliquer tout le monde dans la gestion des ressources pétrolières, en informant juste et vrai», confie Bachir Dramé, expert pétrolier et formateur dans les métiers du pétrole et du gaz. Abdoulaye Guèye, spécialiste des produits pétroliers, soulignera la nécessité de savoir raison garder et ne pas porter des débats qui n’en valent pas la peine et qui auront des conséquences désastreuses pour le pays. Ces experts restent cependant convaincus qu’aujourd’hui, toutes les conditions sont réunies pour qu’on aille vers la bénédiction du pétrole au Sénégal. Car il y a un ensemble d’instruments mis en œuvre par l’Etat qui garantissent la transparence dans toutes les transactions, notamment le Comité national Itie, l’Observatoire national pour le respect des droits humains dans l’industrie extractive, entre autres. «Il ne faut pas que les gens entrent dans des considérations purement politiciens qui risquent de faire mal», conseille Bachir Dramé.

Les politiques doivent jouer le rôle d’alerte, mais…Pour le spécialiste des produits pétroliers, Abdoulaye Guèye, les politiques doivent jouer le rôle d’alerte, mais avec de la hauteur. Ils ne doivent pas exploiter leur position à des fins personnelles. «La politique est bien, mais doit se faire dans l’intérêt de la Nation», précise-t-il, dénonçant la récupération politicienne du dossier de la gestion du pétrole. «Quand quelqu’un écrit un courrier, il faut regarder la forme dudit courrier. Abdoul Mbaye, dans son courrier, s’est présenté comme étant le président de l’Alliance pour la citoyenneté et le travail (Act), un parti politique. Là, ça politise le débat sur la gestion des ressources naturelles (pétrole et gaz)», note, pour le regretter, Abdoulaye Guèye. Son pair Bachir Dramé de poursuivre : «La lettre de Abdoul Mbaye au Président Macky Sall est une question hautement politique. Il a été aux affaires, en tant que Premier ministre. Ça veut dire qu’il sait des choses. Mais, le problème est de savoir, si on n’est plus aux affaires, doit-on utiliser sa posture pour divulguer des secrets ? Il faut savoir raison garder. Il faut que les politiques changent de manière de s’opposer. Ce pays appartient à tout le monde et je pense que si on ne politise pas la question du pétrole, on arrivera à profiter considérablement des nouvelles découvertes de ressources naturelles.» Dans sa sortie, Abdoul Mbaye fait allusion à Aliou Sall, frère du Président, qui serait mêlé dans le contrôle du pétrole. Mais, les experts invitent la classe politique (pouvoir et opposition) à prendre de la hauteur, en sachant que Aliou Sall a beau être le frère du chef de l’Etat, «il ne peut pas faire ce qu’il veut dans un pays de droit comme le Sénégal ». Il y aura de la transparence, rien que de la transparence dans la gestion du pétrole. Mais, Bachir Dramé et Abdoulaye Guèye exigent que l’Etat mobilise l’ensemble des experts et Sénégalais autour de la question des ressources naturelles.

500 milliards FCfa à gagner par an. Pour Abdoulaye Guèye, il faudra bien des manœuvres intelligentes pour permettre au Sénégal  d’éviter la malédiction du pétrole. «Il n’y a pas de conséquence dommageable, sauf que l’Etat doit faire de la prospective. Ce, en formant les jeunes et en se préparant aux éventuelles conséquences que la découverte du pétrole peut entraîner», prévient-il, toutefois convaincu que la découverte du pétrole et du gaz est une chance pour le Sénégal. M. Guèye apprend que «d’après les calculs, si l’exploitation se passe normalement, le Sénégal  pourrait gagner au moins 500 milliards FCfa par an, sur le seul puits aujourd’hui découvert». Donc, dit-il, «il faut se préparer à gérer cette manne financière. A travers l’Itie, l’Etat est en train de se préparer pour que cette transition se passe le plus normalement possible, afin de s’inspirer de pays comme l’Algérie, pour faire de la découverte du pétrole et du gaz, une chance». Les dernières découvertes ont été confirmées et prouvent qu’on est maintenant à 473 millions de mètres cube de barils de pétrole découverts.


Abdoul Aziz Diop