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Éditorialiste de SENEPLUS: Président DIOUF, faute de reconnaissance, au moins respect! Par Mody NIANG


Vendredi 12 Janvier 2018

Vous profitez de condoléances que vous présentez bien tardivement, pour tisser des lauriers au président-politicien - À quel titre, vous permettez-vous de juger à notre place l’homme qui nous gouverne ?


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Oui, Monsieur le Président, c’est de reconnaissance que chaque Sénégalais, chaque Sénégalaise était en droit d’attendre de vous. En effet, nous vous avons tout donné. C’est dans nos écoles (primaires, secondaires et supérieures) que vous avez fait toutes vos études, dans d’excellentes conditions. Après l’Ecole nationale de la France d’outre-mer (ENFOM), vous rentrez au Sénégal avec le titre prestigieux d’administrateur civil et vous mettez immédiatement au service de votre pays. Vous occupez d’importantes fonctions, notamment celles de : Directeur de la Coopération technique internationale, Gouverneur de la Région du Sine Saloum, Directeur de cabinet du Ministre des Affaires étrangères Doudou Thiam puis du Président Senghor, haute fonction que vous cumulez, quelques mois plus tard, avec celle de Secrétaire général de la Présidence de la République. En mars 1968, vous entrez pour la première fois dans le Gouvernement en qualité de Ministre du Plan et de l’Industrie. En février 1970, vous êtes nommé Premier Ministre. Vous le restez pendant dix bonnes années. Le 31 décembre 1980, le président Senghor annonce officiellement son retrait volontaire du pouvoir et présente, dès le lendemain, sa démission au Premier Président de la Cour suprême. Le même jour, 1er janvier 1981, vous prêtez serment et devenez le deuxième Président de la République du Sénégal. Vous le restez jusqu’au 19 mars 2000, date de votre première défaite et de votre départ du pouvoir.

Ayant passé le pouvoir à votre successeur, vous quittez le Sénégal pour la Caire où le tout nouveau Président de la République vous a demandé de le représenter à une rencontre dans la capitale égyptienne. Vous allez ensuite vous installer à Paris, comme Senghor avant vous. Vous vous installez dans un luxueux appartement, situé dans un quartier huppé de la capitale française. Vous ne chômez pas longtemps : grâce au vigoureux appui de votre ami Jacques Chirac, vous êtes élu Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) à Beyrouth en 2002. Vous êtes réélu deux fois et quittez définitivement l’Organisation en 2014, remplacé par Michaëlle Jean, ancienne Gouverneure générale du Canada. Pendant tout ce temps, vous effacez pratiquement le Sénégal de vos préoccupations. Vous n’y séjournez que très rarement, et brièvement, souvent pour présenter tardivement des condoléances.

Voilà que, tout d’un coup, vous retrouvez de l’intérêt pour le pays, du moins pour son président. Il est vrai que, entre-temps, il a multiplié par plus de trois votre pension d’ancien Président de la République, dont le montant frôle désormais les quatorze (14) millions de francs CFA, avec votre substantielle indemnité de logement de quatre (4) millions. Sans compter, évidemment, les autres avantages : voyages gratuits avec votre famille, gendarmes attachés à votre sécurité, secrétariat, prise en charge totale pendant vos courts séjours au pays – heureusement qu’ils le sont –, etc. Ce n’est pas tout. Votre président préféré a baptisé le Centre international de Conférences de Diamniadio et lui a donné votre nom. Il devient ainsi le Centre international de Conférences Abdou Diouf (CICAD). Nous sommes tentés de dire : « Seulement ça ! » Oui, nous sommes bien fondés à le dire, même avec indignation, puisque nous avons fait infiniment plus pour vous. Oui, vous avez connu au Sénégal un parcours administratif et politique privilégié, un parcours de quarante (40) ans, sans désemparer. Vous y avez connu tous les honneurs. Votre naissance serait même le signe d’une certaine prédestination. C’est un de vos biographes, Monsieur Abdoul Magib Sène qui le révèle dans son livre « Abdou Diouf, le destin d’un homme, Editions F Borelli, Paris, 1996 », page 23. Il fait coïncider ainsi votre naissance avec « l’une des années où l’économie du pays connut une ascension exceptionnelle. Les greniers des paysans étaient pleins de mil, de maïs et de niébé sans compter les immenses champs de manioc aux tubercules impressionnants ». M. Sène rapporte que « les vieillards qui se sont penchés sur le nouveau-né pour le bénir le jour de son baptême avaient tous prédit un destin fabuleux à ce bébé déjà plein d’allant dans les bras de sa mère ».

J’ai eu peut-être ce même sentiment, président Diouf, que j’ai exprimé dans mon livre dédié à votre bien longue carrière et qui a pour titre « Abdou Diouf : quarante ans au cœur de l’Etat socialiste au Sénégal », L’Harmattan, Paris, juin 2009. Je m’y exprimais ainsi : « Sans doute, ces propos (ceux de Magib Sène) ne sont-ils pas exempts de relents de flagornerie. Cependant, ce qu’on sait sûrement, c’est qu’Abdou Diouf est bien né sous une belle étoile. Les wolofs diraient que son épouse ne l’a jamais entendu lui donner l’ordre de fermer la porte au moment du coucher. Cela signifie que Diouf, son épouse et leurs enfants ont toujours vécu dans la plus grande sécurité, au point qu’ils n’avaient pas besoin de fermer la porte de leur chambre à aucun moment de la journée : ils étaient gardés jour et nuit. De mauvaises langues ajouteront que M. Diouf n’a jamais payé une facture d’eau, d’électricité ni de téléphone ; qu’il n’a jamais acheté un seul litre de carburant ni une bonbonne de gaz. Il a évolué, sans désemparer, au cœur de l’Etat sénégalais pendant quarante ans. »

Que n’avons-nous donc pas fait pour votre famille et pour vous-même ? Waccoo na ñu ak yaw, deseela tu ñu la dara, ba dara boole jeex. C’est vous, au contraire, qui nous devez d’infinis remerciements. Au lieu de cela, vous profitez de condoléances que vous présentez bien tardivement, pour tisser des lauriers au président-politicien et pour nous jeter dans ses bras. Vous plaidez un soutien en sa faveur déclarez : « J’ai été chef d’Etat et je connais bien comment on dirige un pays. Le président Macky Sall incarne toutes les qualités d’un bon chef de l’Etat et il mérite d’être soutenu. » « Vu les actes qu’il pose, poursuivez-vous, il est sur la bonne voie ». Pour mieux nous convaincre, votre hôte et vous lui trouvez des « vertus cardinales », des « qualités primordiales d’homme d’Etat ». Peut-être, vous entretenez-nous d’un autre Macky Sall que celui qui gouverne le Sénégal depuis le 2 avril 2012. A ce Macky-là, nous ne connaissons pas ces qualités que vous nous vendez. Ce que nous retenons au contraire de lui, c’est qu’il n’est pas un homme de parole, du nitu káddu. De ce point de vue, il fait presque l’unanimité. On ne peut pas être vertueux en bénissant la détestable transhumance et en l’érigeant en politique pour massifier son parti. La vertu n’est pas, non plus, compatible avec l’achat de consciences auquel lui et son clan s’adonnent le plus clair de leur temps, avec l’argent du contribuable.

Macky Sall, avec des « qualités primordiales d’homme d’Etat » ! Rappelons-nous ces mots célèbres de James Freeman Clarke : « Le politicien pense à la prochaine élection. L’homme d’Etat à la prochaine génération. » Le choix est vraiment facile à faire : Macky Sall n’est point un homme d’Etat ou, du moins, ne se comporte pas comme tel. C’est un politicien pur et dur, qui ne se soucie que de mobilisation et de massification de son parti. Il n’est point un homme d’Etat, étant incapable de se situer au-dessus de la mêlée. Il n’a d’yeux et d’oreilles que pour son parti-Etat, sa famille et, à un moindre degré, ses alliés qui se contentent de la part du gâteau qu’il leur jette. Il n’est pas un homme d’Etat puisque, au lieu de veiller sur nos maigres deniers, il crée les conditions de leur pillage systématique. De son fait, le Sénégal est devenu, aujourd’hui, l’un des pays les plus corrompus du monde. Il rend inoffensifs les corps de contrôle et protège sans état d’âme ses amis qui, sûrs l’impunité, dilapident nos maigres ressources. Président Diouf, trouvez donc, avec votre hôte, d’autres arguments plus convaincants pour nous jeter dans les bras de votre champion.

Pour amoindrir ses lourdes responsabilités dans la politique de mal gouvernance qu’il met en œuvre depuis six ans, vous brandissez l’argument éculé de l’entourage. Trop facile ! Qui nomme les hommes et les femmes de son entourage ? Lui, et lui seul, qui n’a rien retenu de ces mots célèbres de Nelson Mandela à son (alors) très probable successeur à la tête de l’ANC : « Ne t’entoure pas d’hommes prompts à dire oui. Entoure-toi, au contraire, de personnalités fortes et indépendantes qui critiquent les décisions prises. » Le président-politicien est incapable de ce choix. Il ne s’inspire pas, non plus, de ces autres mots célèbres de Bill Clinton qui disait qu’ « il s’inquiéterait le jour où tous ses conseillers auraient un même point de vue sur une question donnée (…) » Autour du président-politicien sénégalais, le seul point de vue qui vaille toujours, c’est le sien. Il est tout sauf un homme d’Etat.

Président Diouf, vous êtes donc libre de nous abandonner à notre sort pendant plus de quinze ans. Vous pouvez faire table rase de tout ce que nous avons fait pour vous mais, au moins, respectez-nous ! Ce que nous n’accepterons jamais de vous, c’est l’idée que le président-politicien « incarne toutes les qualités d’un bon chef de l’Etat et mérite d’être soutenu ». Pour nous, au contraire, il incarne les pires contre-valeurs qui font que, dans notre pays désormais, les gens courent derrière l’argent, les honneurs, les promotions faciles, au détriment des valeurs cardinales qui étaient, jadis, l’épine dorsale de nos sociétés. Et puis, pour terminer, à quel titre, Président Diouf, vous permettez-vous de juger à notre place l’homme qui nous gouverne ? Ne sommes-nous plus des hommes et des femmes de raison, qui savent faire la part entre la bonne graine et l’ivraie, et choisir le moment venu ? Président Diouf, basta !





1.Posté par KIA le 12/01/2018 18:38
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