Politique

Cheikh Tidiane Gadio en tournée à Louga : «Si Wade ne comprend pas, le peuple fera le nécessaire pour lui faire comprendre»


Vendredi 30 Septembre 2011

En tournée à Louga, mardi dernier, l’ancien ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio, a tenu en haleine la foule, en déclinant un discours qui disqualifie le Président Wade «qui doit faire valoir ses droits à la retraite». Autrement, «le peuple fera le nécessaire pour le lui faire comprendre».


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Le président du Mouvement politique citoyen/Luy jot jotna (Mpc/L) a clamé son «Y’en a marre de la politique politicienne». Entre chercher le pouvoir et se faire chercher par le pouvoir, Cheikh Tidiane Gadio souhaite être de la seconde catégorie. Il est d’avis qu’à 87 ans, dans un pays qui compte 60% de jeunes, «Abdoulaye Wade a le droit de faire valoir ses droits à la retraite. S’il ne le comprend pas, le peuple fera le nécessaire pour le lui faire comprendre». Puis a ajouté l’ancien chef de la diplomatie sénégalaise, hier, à Louga : «Nous souhaitons qu’il aille par la suite au Point E ou à Kébémer, et non en France. Senghor et Diouf sont aujourd’hui très respectés. Que Wade nous laisse notre pays en paix!» Devant la gravité de la situation, le chef de file du Mouvement politique citoyen/Luy jot jotna (Mpc/L) dit prier Dieu de faire que «le Président Wade se ressaisisse, s’efface et ne fasse pas couler le sang. Que la paix lui soit conseillée ! Un guide doit savoir donner l’exemple».
Pendant 45mn, Dr Gadio s’est adressé à un public déchaîné par moments pour dérouler son «y en a marre de la politique politicienne». Le président du Mpc/L s’est rappelé le Sénégal des institutions fortes et des grands juges pour constater que, «malheureusement, après 2007, Wade a ouvert un autre chantier : celui du projet de dévolution monarchique ou dynastique du pouvoir, s’accompagnant de la mise à terre des institutions». Et Cheikh Tidiane Gadio d’«originer» sa séparation d’avec Wade à partir de cette volonté de transmission dynastique du pouvoir. «Au nom de quoi, mettrait-il son fils au-dessus de nous», se demande-t-il. Celui qui a été ministre des Affaires étrangères de Wade 9 ans durant, a aussi épinglé ce dernier qui a cru «être Boroom reew mi (propriétaire du pays), en lieu et place de Njitu reew mi (dirigeant du pays), mais les Sénégalais ont dit non.» Les Sénégalais, selon lui, sont fatigués de la politique politicienne. Et il suggère un changement de pratique et de vision, avec une nouvelle éthique politique et de gouvernement. Dans ce sens, il a fait savoir que plus de 3 000 milliards sont passés entre ses mains, quand il était au gouvernement, mais il n’a jamais pris ce qui ne lui appartient pas, préférant les félicitations et les reconnaissances de satisfaction.

Le leader du Mpcl/Luy jot jotna considère l’autosuffisance alimentaire comme la priorité des priorités, et classe l’électricité, les inondations, l’emploi des jeunes, les conditions des femmes et la banlieue au rang des urgences nationales, non sans faire part de sa volonté de trouver des solutions à ces problèmes. «On peut servir sans se servir», a-t-il encore dit, faisant signifier ainsi un certain ancrage à l’éthique de gouvernance. La réconciliation nationale s’est également invitée dans ses propos, avec notamment la crise casamançaise. «Après 31 ans de guerre, avec une situation précaire des militaires, «juboo jot na» (c’est l’heure de la réconciliation). Il faut s’asseoir avec tous les acteurs, déminer, reconstruire, et mettre en œuvre un programme d’urgence.» Plus globalement, une autre ré­conciliation s’impose à ses yeux, celle des Sénégalais avec leur histoire. Occasion pour Cheikh Tidiane Gadio de convoquer l’héritage de Valdiodio Ndiaye, Mamadou Dia, Cheikh Anta Diop, Majmouth Diop, Mbaye Niang, entre autres. «Il nous manque un leadership, un guide qui aime le pays, avec un discours de paix et de vérité. Nous sommes candidat pour ça», a-t-il aussi fait comprendre, non sans magnifier la mémoire de El Hadj Djily Mbaye, qui a construit le seul lycée que compte encore Tamba­counda. «Avec 60 000 km2, Tamba fait trois fois le Rwanda. Et après 51 ans d’indépendance, l’Etat n’y a jamais construit un lycée. Pendant ce temps, des milliards sont mis sur la corniche», s’indigne Dr Gadio.

L’étape de Louga, la troisième de «la longue marche citoyenne sur le Sénégal», a servi d’occasion pour Cheikh Tidiane Gadio et sa délégation d’être aussi accueillis à Coki et Loboudou. Aussi, d’un père «moukhadame» de la famille Omarienne qui a fait la ziarra à Fez trente quatre fois, il s’est réjoui de venir à Louga, lieu de résidence du khalife général Thierno Bassirou Tall. Ici, vit aussi sa sœur cadette et benjamine de la famille, Aby Gadio. Enfin, entre Abdallah Acoutchou (tête de file du Mpcl dans la localité) et lui, «c’est une longue histoire, commencée par des échanges de lettres, quand (Gadio était) aux Affaires étrangères».


LEQUOTIDIEN

La Rédaction