Connectez-vous
Opinion

Édito de Seneplus: Ligne de mire présidentielle par Ibe Niang Ardo


Vendredi 4 Décembre 2015

Macky Sall a raison de dire que ses collaborateurs nous indisposent. Les comportements sévèrement condamnés par le peuple hier, ont tout l’air d’avoir recouvré leurs droits dans l'espace présidentiel


"Les mots sont comme des verres qui

obscurcissent tout ce qu'ils ne peuvent aider à mieux voir."

Joseph Joubert

Les mots nous servent à communiquer, mais aussi et surtout, par leur ambiguïté, à occulter nos réelles motivations. C'est ce qui rend la perception de la communication des hommes politiques très complexe. Alors quand notre Président profite du cadre du secrétariat exécutif national de son parti, l’Alliance pour la République (APR), pour tacler certains de ses ouailles, cet acte, qui n'est qu'un acte de parole, ne peut néanmoins être considéré comme anodin. Il faut le prendre comme partie intégrante d'une stratégie de communication politique pour en saisir toute la subtilité.  Pour s'en convaincre il suffit de rechercher avec perspicacité les motivations du locuteur, et d'interroger le contexte et le contenu de la communication.

L'on y retrouve tous les indices déterminants de la ligne de mire du locuteur, qui en l'occurrence, n'est autre qu'une quête de prolongation de l’état de grâce post-électoral. Si vous en doutez, je vous invite à une introspection sur vos impressions sur le Président, en rapport à sa capacité à exercer son autorité. Quelles étaient-elles aussitôt après les événements déplorables de l'Assemblée nationale, et que sont-elles devenues après que l'information vous soit parvenue, sur ses propos tenus lors de la réunion du secrétariat national de son parti ? Je parie que, comme moi, vous êtes passé de l'état de certitude acquise que le Président avait un problème avec l'exercice de l'autorité, à celui de perplexité, qui vous plante dans l'attente d'une suite décisive, à même de vous permettre d’aviser. C'est donc que l'acte qu'il a posé a eu un impact sur vous, il vous a parlé personnellement, comme si vous en aviez été le seul destinataire.

Le Président n'a fait là que jouer de contre-pied pour obliger les citoyens à le regarder sous un angle autre que celui qui le veut inapte à diriger. Il serait atteint du même virus que ses prédécesseurs Senghor et Diouf en leurs temps : le Syndrome de Déficience d'Autorité Acquise. Le terrain favori de ce virus est l'homme politique mal élu dont la confiance en soi est mise en mal par l'embarras qui entoure sa légitimité dès son élection. Alors exhiber l'épée de Damoclès au dessus de la tête des citoyens lui sert de recours pour semer l'équivoque.

Senghor avait réussi à nous divertir longtemps, le temps de regagner confiance, avec : "kuy yoot du sēxētt" (qui fait le guet se garde de tousser, en wolof). Abdou Diouf pour répondre à une rumeur persistante le taxant d'amorphe, s’était fendu de : "bou lèèn diawaatlé tooye ak tèèye, mann da ma tèèye" (ne vous y méprenez pas entre être amorphe et être prudent,  moi  je suis seulement prudent).

Contexte, contenu et non-dits

À seulement deux ans des prochaines élections, nous sommes dans un contexte pré-électoral politiquement très chargé. La quasi-totalité des actes publiques et privés en porte la marque. Les acteurs se positionnent par rapport à l'électorat en direction duquel convergent toutes leurs attentions. Le Président ne fait pas exception à la règle, surtout pas lui. Quel que soit le degré d'ambiguïté qui entoure sa communication, quand il dit : «vous m'indisposez, vous indisposez les Sénégalais avec vos chamailleries…», il s'adresse bien aux électeurs.

Au pouvoir depuis trois ans, il sait mieux que quiconque que l'heure est critique parce que le délai de grâce est derrière lui. L'expression de l'insatisfaction de la population par rapport à ses attentes devient légitime et plus pressante, d'où l'urgence de lui apporter des solutions ou de lui procurer des arguments éloquents. C'est ce qu'il est en train de faire. Il dit la vérité- certains de ses collaborateurs et partisans, nous indisposent très souvent. Les comportements sévèrement condamnés par le peuple hier, ont tout l’air d’avoir recouvré leurs droits dans l'espace présidentiel, avec comme nouveaux acteurs des intimes du maître des lieux. Pour ces gens le désordre est un environnement idéal, se crêper le chignon une habitude, le savoir-vivre une inconnue.

Quand la pagaille qu’ils instaurent finit par gagner les hauts lieux du pouvoir, la meilleure façon d'y mettre un terme n'est pas de les savonner en marge de l'ordre du jour d'une instance à d'autres fins convoquée. Face à des comportements intolérables qui indisposeraient la population, le Président dispose de tous les pouvoirs pour appliquer des sanctions judicieuses et rigoureusement dissuasives. À défaut, celui qui a fauté doit être blâmé nommément et particulièrement, car autrement, faire dans la généralité comme il s’y est pris, revient à faire dans l'euphémisme.

Quand le Président dit que les rapports qu'il reçoit lui font part du fait que cela ne va pas, c'est effectivement ce que les mots disent. Mais ce que les rapporteurs insinuent, est qu'il faut qu’il sévisse avant qu'il ne soit trop tard. Ce qui se murmure dans les places publiques est que le Président est connu pour ne pas pouvoir exercer son autorité. Il ne peut ignorer que c'est ce qui se dit et que cela comporte des conséquences préjudiciables pour lui. Alors, à défaut de se résoudre à sanctionner ceux qui persistent à fauter, il pose des actes de paroles sur un ton d'autorité, assortis de menaces. Une manière indirecte et oblique de dire à la population : «ne vous y méprenez pas, je sais être autoritaire et d'ailleurs j'en donnerai la preuve à la prochaine occasion».

Le président s'adressant aux membres de son secrétariat exécutif national dit : «Vous m'indisposez, vous indisposez les Sénégalais... Au lieu de défendre mon bilan, vous vous chamaillez.»  Cela pose problème venant de lui et en direction de ceux qui nous indisposent. Parce qu'ils sont coutumiers du fait et il le sait. Il sait qu'ils ne savent faire autre chose que ça. Du fait d'un défaut d’éducation, ils ne peuvent même pas se figurer les reproches qui leur sont faits sur leur façon de se conduire, qui pour eux est tout à fait naturel. Par conséquent ce message ne pouvait sincèrement leur être exclusivement adressé dans l'attente de résultats. Eux ne comprennent qu’un langage dissuasif et musclé et, le Président nécessairement se résoudra à l’emprunter s'il veut poursuivre sa mission dans les meilleures conditions. Pour le moment, nous, qui discutons des suites de ce secrétariat exécutif national et en espérons des résultats, sommes avec certitude les personnes utilement atteintes par son message.

En conclusion notre réponse au message est : «Votre degré d'indignation par rapport à tous ces manquements et celui du peuple diffèrent, Monsieur le Président. Vous avez une relation particulière avec ces gens que vous avez nommés à vos cotés, grâce aux pouvoirs que nous vous avons conférés. Vous avez de la peine à les sanctionner quoi qu'ils fassent, ils le savent et en abusent. Nous, citoyens, n'avons que le pouvoir d'élire suivant un calendrier préétabli, en comptant entre temps sur vous pour la satisfaction de nos désirs et la rémission de nos éventuelles frustrations. En cas de carence de votre part, nous sommes condamnés hélas, à nous accommoder de nos peines jusqu'à la prochaine échéance électorale. Qu'à cela ne tienne ! Nous avons appris à prendre notre mal en patience, sachant que les droits et privilèges des élus et nommés ont un terme, contrairement au droit du peuple à élire et destituer.»




Nouveau commentaire :
Facebook

Senxibar | SenArchive | Sen Tv | Flash actualité - Dernière minute | Politique | Société | Economie | Culture | Sport | Chronique | Faits Divers | Opinion | International | Sciences et Santé | Médias | Ils l'avaient dit | Emploi | Ramadan | Perdu de vue | Echos du tribunal | A la une | Achaud | resultats2012 | JOB | Theatre